Vers un procès de l’amiante dans l’Éducation nationale ?

Quotidiag, Par Cécile 19 novembre 2025

Aujourd’hui, plusieurs syndicats, associations et personnes physiques, représentés par le Cabinet TTLA, portent plainte contre X pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui. Ils dénoncent l’exposition à l’amiante dans des établissements scolaires des Bouches-du-Rhône. Cette plainte doit permettre d’identifier les responsables. Cependant, son objectif est surtout de faire appliquer la réglementation, voire de l’améliorer, au niveau national.

Amiante et écoles : plainte contre X inédite

En mars 2024, après l’enquête de Vert de Rage sur l’amiante dans les écoles, Nathalie Laclau, présidente de l’AVALE 13, nous avait accordé un entretien, au nom des victimes de l’amiante dans les locaux de l’Éducation nationale.

Ce 19 novembre 2025, l’AVALE 13 porte plainte aux côtés d’autres associations de victimes, de sept organisations syndicales, d’une organisation de parents d’élèves et de plus de cinquante personnes physiques. Parmi elles, il y a notamment des agents de l’Éducation nationale et des collectivités qui se sont constituées parties civiles.

C’est donc une action d’ampleur face à l’exposition passive et environnementale à l’amiante dans les bâtiments scolaires.

Amiante et écoles : problématiques identifiées

La plainte sort aussi de l’ordinaire en raison de son périmètre. En effet, elle décrit et documente les problématiques rencontrées dans huit écoles, deux collèges et un lycée des Bouches-du-Rhône. Malheureusement, nous savons tous qu’elles concernent beaucoup d’établissements français construits avant l’interdiction de l’amiante.

  • Absence de dossier technique amiante, DTA incomplets ou obsolètes.
  • Aucun état des lieux précis de la présence d’amiante dans le bâti scolaire.
  • Manque de suivi des recommandations faites dans les DTA.
  • Absence d’information des personnels et des parents.
  • Exposition silencieuse et invisible faute de données et d’information, donc difficulté à faire reconnaître une exposition professionnelle.
  • Absence de formation, de prévention et de sensibilisation à tous les échelons de l’Éducation nationale et des collectivités territoriales.
  • Minimisation du danger par le ministère et ses institutions.

Par conséquent, les personnes qui travaillent ou fréquentent ces établissements encourent un risque d’exposition à l’amiante. Certains interviennent sur des matériaux sans savoir qu’ils sont amiantés. D’autres vivent, en toute ignorance, dans un environnement pollué.

Responsabilités et revendications

Cette plainte doit permettre d’identifier le ou les responsables. En effet, le procureur enquêtera au niveau des collectivités propriétaires des locaux scolaires (commune, conseil départemental ou conseil régional), ainsi qu’au sein de l’Éducation nationale.

Cependant, ce procès doit surtout permettre de faire enfin respecter le cadre réglementaire, d’où des revendications. Celles-ci entrent dans deux catégories distinctes. La première consiste simplement à appliquer la réglementation existante. Entre autres :

  • Réalisation, mise à jour, transmission le cas échéant du DTA, etc.
  • Réalisation de repérages avant travaux, avec des intervenants habilités (SS3 ou SS4).
  • Stockage approprié des déchets.
  • Installation de la signalétique indiquant la présence d’amiante.
  • Mesures d’empoussièrement conforme à la norme en vigueur…
  • Application des sanctions prévues en cas de manquement.

La seconde consiste à faire évoluer la réglementation pour améliorer la protection de tous (enseignants, agents d’entretien, élèves…).

Évolution de la réglementation amiante ?

D’abord, le collectif « Stop amiante éducation » veut agir pour mieux informer le public :

  • Rendre le DTA intégralement accessible aux agents et au public.
  • Informer les agents et le public d’un classement AC1 (action corrective de niveau 1) ou AC2 des matériaux, avec la signalétique prévue (Circulaire Lebranchu).
  • Imposer un délai de surveillance de 3 ans maximum, pour tenir compte de l’usure intense des locaux, si une évaluation périodique est requise.
  • Obliger les propriétaires à rendre accessibles en données ouvertes les DTA.

Ensuite, il demande d’abaisser le seuil (5 fibres par litre d’air) qui déclenche des mesures sanitaires ou des travaux, conformément aux recommandations de l’ANSES et du HCSP, tout en prenant en compte tous les types de fibres (longues, courtes ou fine).

De plus, il veut améliorer la prévention, la reconnaissance de l’exposition et le suivi médical. Afin d’y parvenir, il propose de reconnaître les prélèvements surfaciques comme indicateur de la présence d’amiante. Il réclame également la remise d’une « attestation de présence dans locaux amiantés » s’il y a des matériaux classés AC1 ou AC2. Toute personne intervenant dans l’établissement devrait alors bénéficier d’une visite médicale et d’un suivi.

Enfin, l’administration employeur (État, collectivité) devrait reconnaître le danger grave et imminent (DGI), et permettre un droit de retrait, quand il y a un risque d’exposition à l’amiante. Ce DGI, s’il émane de la F3SCT (Formation spécialisée en santé, sécurité et conditions de travail), devrait déboucher sur une enquête, avec visite experte des locaux.

Santé et sécurité : revendications syndicales

Les organisations requérantes inscrivent la procédure pénale dans un ensemble de revendications pour garantir la santé et la sécurité au travail. Dans les Bouches-du-Rhône, elles exigent que la DSDEN (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale) respecte ses obligations (contrôle des DUERP, repérage des anomalies dans les DTA…).

Au niveau national, elles demandent à l’État, et surtout au ministère de l’Éducation nationale, de « se donner les moyens d’une véritable médecine de prévention ». Ainsi, en France, il y a actuellement 1 médecin pour 15 000 agents de l’Éducation nationale. Par ailleurs, pour accélérer la réalisation des diagnostics et le désamiantage des locaux, elles réclament :

  • un plan pluriannuel de désamiantage des établissements scolaires,
  • la création d’un Fond national de financement du diagnostic et du désamiantage.

Ce Fond pourrait être abondé, entre autres, par les industriels qui ont fabriqué et commercialisé les matériaux contenant de l’amiante sans ignorer leur dangerosité. D’ici là, cette plainte contre X est déjà un appel à briser l’omerta et à sortir de l’inertie, car les plans d’action sont inutiles quand le non-respect de la réglementation n’entraîne aucune sanction.

Sources et (re)lectures

Pour obtenir davantage d’informations, vous pouvez consulter le Dossier de presse : Le procès de l’amiante dans l’Éducation (collectif « Stop amiante éducation ») et le communiqué de presse : Amiante dans les écoles (Cabinet TTLA).

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Des syndicats et des parents d’élèves des Bouches-du-Rhône portent plainte contre X pour exposition à l’amiante

Communiqué de l’AEF, le 11 novembre 2025

Un collectif d’organisations syndicales de l’Éducation nationale des Bouches-du-Rhône, d’associations de victimes de l’amiante, et de parents d’élèves dépose plainte contre X pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui » devant le pôle santé publique du tribunal judiciaire de Marseille, mercredi 19 novembre 2025. 40 personnes usagères se sont par ailleurs constituées partie civile. Les situations documentées dans la plainte concernent huit écoles, deux collèges et un lycée du département, précise le collectif.

La plainte du collectif Stop Amiante Education a été déposée au tribunal judiciaire de Marseille, mercredi 19 novembre 2025. MaxPPP – Nicolas Vallauri

Une plainte contre X pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui en raison de l’exposition à l’amiante » dans 11 établissements scolaires des Bouches-du-Rhône a été déposée devant le tribunal judiciaire de Marseille, mercredi 19 novembre 2025, par le collectif Stop Amiante Éducation, composé des organisations syndicales de la CGT, la FSU, FO et SUD, de la FCPE 13 et de trois associations de défense des victimes de l’amiante (1). Quarante usagers se sont constitués parties civiles, parmi lesquels « une trentaine d’agents de l’Éducation nationale et cinq parents d’élèves », précise le communiqué du collectif.

Alors que nombre d’établissements scolaires construits avant son interdiction en 1997 présentent encore de l’amiante, souffrant pour certains d’un état de vétusté qui « aggrave l’exposition » de leurs occupants à ce matériau, « de nombreuses collectivités territoriales ne sont toujours pas à jour avec la réglementation », en particulier avec l’obligation d’établir et actualiser un diagnostic technique amiante (DTA). 

Les plaignants reprochent aussi « un manque de suivi de l’état des bâtiments », une « absence d’information du personnel » ou encore « une minimisation du danger ». « Tous ces manquements ont fait courir, et continuent de faire courir, aux agent·es et au public (élèves, parents) un risque d’une extrême gravité », estime le collectif qui, défendu par le cabinet d’avocats TTLA, souhaite « briser l’omerta pour garantir la protection de la santé » des personnels et des usagers.

80 collèges concernés par l’amiante sur 132

Les situations décrites et documentées dans cette plainte, « inédite par son périmètre » et « par la représentation syndicale et associative des plaignants » selon ces derniers, concernent huit écoles, deux collèges et un lycée des Bouches-du-Rhône. Ceux-ci sont « représentatifs de problématiques rencontrées dans de très nombreux établissements », explique le collectif. Selon lui, 80 des 132 collèges publics des Bouches-du-Rhône sont concernés par la présence d’amiante, et 30 % des établissements scolaires du département ne disposent pas de diagnostic technique amiante.

Le choix de la plainte contre X « vise à balayer le plus largement possible les responsabilités dans ce dossier, sans nous fermer de portes », précise encore le collectif. « Ce sera au procureur de mener son enquête et de désigner le ou les responsables que ce soit au niveau des collectivités territoriales propriétaires des locaux scolaires […] ou au sein de l’Éducation nationale. » 

Les organisations rappellent que dans les Bouches-du-Rhône, « une collègue est décédée en avril 2024 des suites d’un cancer lié à l’amiante, reconnu comme maladie professionnelle » et que « d’autres collègues ont obtenu la même reconnaissance ». « Mais le manque d’information et les difficultés à constituer les dossiers sont telles que nombre d’entre elles et eux ne font pas même les démarches pour faire valoir leurs droits », déplorent-elles.

(1) Les organisations plaignantes sont : CGT éduc’action 13, CGT Territoriaux 13, FSU-SNUipp 13, FSU Territoriale 13, Snudi-FO 13, SUD éducation 13, UD CGT 13, la fédération de parents d’élèves FCPE 13, et l’Avale 13 (Association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’Education nationale dans les Bouches-du-Rhône), l’Andeva et l’Adevimap (Association de défense des victimes des maladies professionnelles).

La plainte collective contre l’amiante dans des écoles des Bouches-du-Rhône, une action judiciaire inédite : « On parle d’enfants de 2 à 6 ans qui jouent au sol »

Le Monde, Gilles Rof


S’appuyant sur douze cas de collèges, d’écoles et de lycée, des syndicats, des associations, des enseignants et des parents d’élèves dénoncent une mise en danger de la vie d’autrui.

Chaque jour de classe quand elle pénètre dans le collège Alexandre-Dumas, dans le 14e arrondissement de Marseille, où elle enseigne depuis neuf ans, Jane-Laure Roger ne peut s’empêcher d’inspecter l’état des dalles qui recouvrent les couloirs et les salles de cours. Pour cette professeure de sciences de la vie et de la Terre, comme pour bon nombre de ses collègues, la découverte, en mai 2024, qu’elle évoluait dans un environnement potentiellement contaminé par des fibres d’amiante a été un électrochoc. « Jusqu’alors, on faisait notre vie comme dans un bâtiment normal et, aujourd’hui, il y a cette épée de Damoclès au-dessus de nos têtes parce que nous savons que nous avons été exposés depuis des années. Il y a forcément de la méfiance, même quand on doit simplement coller une affiche sur un mur », reconnaît l’enseignante de 34 ans.

Jane-Laure Roger fait partie des près de quarante agents de l’éducation nationale qui ont décidé de participer en leur nom propre à la plainte collective déposée mercredi 19 novembre auprès du procureur de la République du pôle santé publique du tribunal judiciaire de Marseille. Une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui, préparée par le cabinet d’avocats TTLA, spécialisé dans les questions de travail, de santé et d’environnement.

Cette action judiciaire est d’une ampleur inédite dans ce secteur. Elle réunit sept organisations syndicales – la CGT-Educ’action, la FSU-SNUipp 13, Sud-Education, CGT-Territoriaux, entre autres –, la Fédération des conseils de parents d’élèves des Bouches-du-Rhône (FCPE 13), l’Association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône (Avale 13) et cinquante et un usagers de ces locaux : enseignants, membres des équipes administratives, agents d’entretien et une dizaine de parents d’élèves dont les enfants sont scolarisés dans ces établissements. Leur but ? Alerter sur ce que les plaignants appellent de « graves carences » de la réponse publique face à la menace sanitaire que représente l’amiante et faire reconnaître les dangers encourus par les membres de la communauté éducative.

Un diagnostic dès 2010

La procédure s’appuie sur une série de situations largement documentées dans une douzaine d’établissements scolaires de l’académie d’Aix-Marseille (écoles maternelles et primaires, collèges, lycées), où, selon la plainte, la réglementation en vigueur n’a pas été suivie ou a été mise en place avec beaucoup de retard. « Ainsi, 80 des 132 collèges des Bouches-du-Rhône sont concernés par la présence d’amiante. Et 30 % des établissements scolaires du département n’ont pas de dossier technique amiante, alors que c’est une obligation légale. L’éducation nationale et les collectivités territoriales sont dans le déni. Et elles refusent systématiquement de fournir aux agents une attestation de présence dans des locaux contenant de l’amiante quand ils en font la demande », énumère Sébastien Fournier, cosecrétaire départemental de la FSU-SNUipp.

Lire aussi l’enquête (2017) : Article réservé à nos abonnés L’impossible procès de l’amiante

Au collège Alexandre-Dumas, construit en 1972, qui reçoit plus de 600 élèves et près de 80 professeurs, la prise de conscience est arrivée presque par hasard. « Des collègues qui ont suivi une formation syndicale sur ce sujet ont demandé à voir le dossier technique amiante de l’établissement. Et là, on s’est aperçu que la situation était catastrophique », se remémore Jane-Laure Roger. A la lecture du document, le personnel découvre que, dès 2010, un diagnostic recommandait de « déposer ou remplacer les dalles de sol dégradées contenant de l’amiante » et rappelait les obligations « d’informer toute personne travaillant sur le site ».

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Le 28 mai 2024, une partie des enseignants et agents du collège exercent leur droit de retrait – l’éducation nationale considère toujours qu’il s’agit d’une grève – et déposent auprès de leur administration des fiches de signalement de danger grave et imminent. La mobilisation entraînera des travaux de recouvrement des dalles dégradés à l’initiative du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, propriétaire du bâtiment, entre l’été 2024 et avril 2025. Des mesures que la plainte estime « insuffisantes (…) pour garantir la santé et la sécurité du personnel et des élèves présents dans le collège trente-six semaines par an ».

« Maladie professionnelle »

Les risques de l’exposition passive à l’amiante sont parfaitement documentés. Cette roche fibreuse a été massivement utilisée dans le bâtiment avant décembre 1996, date de son interdiction par l’Etat. Elle est classée cancérogène « sans seuil » : une seule fibre inhalée peut provoquer des pathologies mortelles et capables de se déclarer très longtemps après l’exposition. En avril 2024, le cancer du poumon d’une enseignante d’une école primaire des quartiers nord de Marseille a été reconnu comme « maladie professionnelle » due à l’amiante, quelques jours seulement avant son décès.

Dalles en amiante du collège Alexandre-Dumas, à Marseille, avant leur recouvrement, le 15 mai 2024. Le noir que l’on voit là où les dalles sont cassées correspond à la colle en amiante des dalles. Quand on ne voit plus la colle, cela signifie qu’elle a été usée et dispersée.

S’il a été identifié trop tard pour être intégré à la première mouture de la plainte, le cas de l’école maternelle de Cuges-les-Pins, une petite commune de 6 000 habitants à 35 kilomètres de Marseille, doit y être adjoint rapidement. « Après un prérapport en 2019, un diagnostic complet de l’établissement a été effectué en juin 2025. Malgré nos relances, nous avons dû attendre le 2 novembre pour que la municipalité nous le transmette », raconte Cécile Moreau, déléguée de la FCPE 13 dans l’établissement. Dans ce document, l’état des dalles de sol amiantées de deux classes est classé « AC2 », c’est-à-dire nécessitant des actions correctives urgentes. « Il a fallu que les enseignants exercent leur droit de retrait et que les parents d’élèves se mobilisent pour que la mairie agisse. On parle d’enfants de 2 à 6 ans qui jouent au sol et mettent des choses à la bouche », dénonce cette mère d’une fillette de 4 ans.

A Marignane, Eyguières, Saint-Victoret, les récits des enseignants se recoupent : des établissements souvent construits dans les années 1960 qui se dégradent, des difficultés à obtenir la documentation obligatoire, une prise en compte aléatoire des problèmes signalés, mais aussi des interventions réalisées par des agents territoriaux peu ou mal informés. « Si l’on en arrive à la nécessité d’actions correctives urgentes, c’est bien qu’il y a eu des négligences dans l’entretien des bâtis », souligne Monia Haddaoui, déléguée de la CGT-Educ’action 13.

« Surprise » de la ville de Marseille

« Ce sont des situations anxiogènes, car on sait qu’une seule exposition peut générer des cancers », souligne une enseignante de l’école Clair-Soleil, à Marseille, qui participe à la plainte, mais souhaite garder l’anonymat. Dans cette école du nord de la ville, deux classes ont été fermées pour quelques jours après les vacances de la Toussaint. Les plafonds y avaient été percés pour installer des brasseurs d’air et la présence de poussières au sol a poussé l’équipe éducative à prendre des précautions.

Face à cette plainte, dans laquelle le cas de six de ses écoles est disséqué, la ville de Marseille se dit « surprise ». « Depuis 2020 et notre arrivée à la mairie, nous prenons la question de l’amiante très au sérieux », assure Pierre-Marie Ganozzi, l’adjoint chargé du plan écoles, un programme géant qui vise à rénover près de 180 des 470 établissements scolaires de la commune. L’élu précise que l’ensemble des dossiers techniques amiantea été révisé en 2021, puis en 2024, pour rattraper les retards constatés, et transmis à l’académie. « Toutes les fiches récapitulatives amiante sont en open data sur Internet », explique-t-il.

La commune vient aussi de signer une convention avec la Caisse d’assurance-retraite et de la santé au travail des Bouches-du-Rhône, dans laquelle elle s’engage à suivre les bonnes pratiques recommandées par l’Assurance-maladie dans le domaine. Et elle a lancé un plan de désamiantage sur dix ans « pour enlever définitivement cette substance » dans le bâti scolaire, pour 2 millions d’euros de travaux annuels.

Parmi les plaignants, on ne cache pas que la plainte, au-delà d’une recherche de responsabilités, a aussi un objectif médiatique. « Si cela provoque des prises de conscience et déclenche des travaux, on aura gagné une première bataille », assure la cégétiste Monia Haddaoui. En attendant, rêve-t-elle à voix haute, un grand plan national de désamiantage des écoles.

Gilles Rof (Marseille, correspondant)

L’amiante à l’école, une urgence négligée par les pouvoirs publics

Alternatives économiques – Marion Perrier – Le 19 Novembre 2025

https://www.alternatives-economiques.fr/crainte-de-lamiante-redouble-etablissements-scolaires/00116950


Des matériaux amiantés sont présents dans de très nombreuses écoles, collèges et lycées. Faute d’information et d’application des mesures de prévention, ils mettent en danger la santé des personnels et des élèves.

L’initiative est inédite. Ce mercredi 19 novembre, sept organisations syndicales de l’éducation et de la fonction publique, trois associations de victimes de l’amiante, la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) des Bouches-du-Rhône et une cinquantaine de personnes ont déposé plainte contre X à Marseille, pour mise en danger de la vie d’autrui en raison de leur exposition à l’amiante dans les établissements scolaires du département.

Cette nouvelle étape fait suite à plusieurs mobilisations sous l’impulsion notamment de l’association des victimes de l’amiante dans les locaux de l’éducation nationale des Bouches-du-Rhône (Avalé 13). Ce collectif né en 2019 entend dénoncer la présence de ce minéral dangereux dans les bâtiments scolaires, ainsi qu’informer, former et accompagner les victimes, souvent exposées sans le savoir.

Aujourd’hui à la retraite, Louise* se souvient ainsi avoir baladé sa boîte à outils dans une école du nord de Marseille, où elle a voulu exercer dans les années 1990 et 2000. Elle y a percé des trous pour installer des étagères, a aménagé et tâché d’embellir les salles, ignorant que les murs et les sols contenaient de l’amiante.

Interdit depuis 1997, ce matériau a été massivement utilisé jusque-là, dans les flocages, les dalles de sol, les faux plafonds, l’isolation des tuyauteries des bâtiments. En se dégradant, l’amiante libère des fibres volatiles invisibles dont l’inhalation ou l’ingestion peut provoquer des maladies comme les plaques pleurales, le mésothéliome (un cancer de la plèvre), des cancers du poumon mais aussi des ovaires ou du larynx. C’est un cancérogène dit sans seuil : le danger existe quelle que soit la quantité de fibres.

Malgré plusieurs alertes sur le sujet ces dernières années et une circulaire de 2015 imposant notamment l’information des usagers, ils sont aujourd’hui encore nombreux – enseignants, personnels administratifs et techniques ainsi qu’élèves – à être exposés et à l’ignorer.

82 % des établissements potentiellement concernés

Selon un recensement effectué par le ministère de l’Education nationale en 2024, 82 % des établissements étaient potentiellement concernés. Or 50 % d’entre eux ne disposaient pas du dossier technique amiante (DTA), document obligatoire qui cartographie sa présence, indique l’état des matériaux et les préconisations de sécurité, et doit être tenu à la disposition des usagers.

« Quand on les demande, soit les directeurs ne savent pas ce que c’est, soit le document existe mais il est obsolète ou a été rangé dans un placard sans tenir compte de ses préconisations », constate Nathalie Laclau à la tête de l’Avalé 13.

Tristan Navailh-Hamza, enseignant et militant Sud Education, l’a constaté en consultant fin mai 2024 les DTA du collège Alexandre-Dumas à Marseille, après avoir suivi une formation syndicale sur le sujet.

« Depuis 2003, ils indiquaient la présence de matériaux amiantés dégradés et le besoin d’intervention, sans qu’aucune conséquence n’en soit tirée », s’indigne celui qui participe à la plainte déposée ce jour.

Alors que l’amiante est partout, notamment dans les sols très abîmés du collège, « on n’avait eu aucune information à ce propos », abonde Jane-Laure Roger, professeure de SVT dans le même établissement. Après plusieurs signalements de « danger grave et imminent » par les enseignants, qui exercent aussi leur droit de retrait – non reconnu par leur directeur académique –, des travaux de recouvrement des sols ont finalement été menés par le conseil départemental l’été suivant.

Syndicats et parents d’élèves ont le sentiment que sans mobilisation, les travaux ne sont pas faits

« Les départements [qui ont la charge des collèges] ont bien pris en compte la problématique de l’amiante avec pour priorité la santé des usagers. S’il y a un risque pour eux, on ferme et on fait les travaux », assure Jérôme Dumont, président du conseil départementale de la Meuse, représentant de l’association Départements de France. Pourtant, syndicats et parents d’élèves ont le sentiment que sans mobilisation, les travaux ne sont pas faits. « Ceux-ci relèvent parfois du bricolage », dénonce en outre Gabrielle Leflaive, de Sud Education.

Des malades qui ignorent leur exposition

Le silence qui entoure encore la présence d’amiante dans les bâtiments scolaires empêche les malades de faire le lien avec leurs pathologies, d’autant qu’à l’exception du mésothéliome ou des plaques pleurales, elles ne sont pas spécifiques à l’amiante, et surviennent des décennies après l’exposition.

Quand Louise déclenche un premier cancer pulmonaire en 2007 elle répond « non » au médecin qui lui demande si elle a été exposée à l’amiante. Ce n’est que dix ans plus tard, après une récidive et en discutant avec des collègues, qu’elle prend conscience qu’elle y a en fait été confrontée, ainsi que ses élèves, dans les écoles où elle a exercé. Avec l’Avalé 13, qui a accompagné une dizaine de dossiers de ce type, elle a obtenu la reconnaissance de l’origine professionnelle de son cancer après des démarches particulièrement éprouvantes.

« La maladie, on fait comme on peut, on s’adapte. Mais le rapport avec l’administration et le traitement déshumanisé que l’on subit pendant ces démarches, c’est innommable. On a l’impression d’être responsable et coupable alors qu’on vient pour être reconnu comme victime », dénonce celle qui entend surtout pointer la responsabilité de l’Etat.

Pour ceux qui ne sont pas malades mais savent avoir été exposés, l’inquiétude de l’être un jour pointe

Les quelques chiffres disponibles donnent un aperçu très limité du nombre de malades. En 2019, Santé publique France fournit une estimation basse d’une vingtaine de cas par an de mésothéliome chez des personnes ayant été exposées à l’amiante dans l’enseignement. 38 nouvelles victimes relevant du régime de protection sociale de l’Education nationale ont été reconnues par le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva) en 2024.

Pour ceux qui ne sont pas malades mais savent avoir été exposés, l’inquiétude de l’être un jour pointe. « C’est une épée de Damoclès ! », témoigne Jane-Laure Roger.

Priorité au désamiantage

Le plan d’action 2025-2027, dévoilé fin septembre par le ministère de l’Education nationale pour renforcer la prévention du risque amiante n’a pas rassuré. « Il y a des choses pertinentes, mais aussi des reculs par rapport à la circulaire de 2015 », juge ainsi Gabrielle Leflaive. L’absence de moyens dévolus à ce plan est également critiquée.

« Cela ne répond pas à la question du financement des travaux ou des moyens dédiés à la surveillance médicale des agents », déplore Cyril Verlingue, du Syndicat national des enseignements de second degré – Fédération syndicale unitaire (SNES-FSU). Dans l’Education nationale, la médecine de prévention compte aujourd’hui 68 médecins en équivalent temps plein pour 1,2 million d’agents.

Selon les syndicats, les associations de victimes et les parents d’élèves, la priorité devrait être au désamiantage, partout où la substance est présente. Une nécessité qui pose la question de la continuité scolaire le temps des travaux, mais surtout du coût d’un tel chantier, alors que les finances des collectivités locales, propriétaires des bâtiments, sont exsangues.

« Le problème de l’amiante rejoint celui de la rénovation nécessaire du bâti scolaire pour l’adapter au réchauffement climatique et aux enjeux de santé publique », souligne Grégoire Ensel, de la FCPE.

Un collectif de syndicats et d’associations plaide pour un plan national d’investissement de 5 milliards d’euros par an pendant dix ans

Il plaide au sein de l’Alliance écologique et sociale, un collectif de syndicats et d’associations environnementales, pour un plan national d’investissement de 5 milliards d’euros par an pendant dix ans. Le collectif à l’origine de la plainte déposée à Marseille propose aussi la création d’un fonds abondé entre autres par les industriels ayant produit et commercialisé les matériaux amiantés.

Dénonçant un « déni institutionnel », il réclame plus de transparence, l’information des usagers et la formation des personnels. Quant à la réglementation, ils demandent qu’elle soit appliquée, mais aussi qu’elle évolue afin que les agents soient mieux protégés et que ceux exposés bénéficient d’un réel suivi médical.

Avec leur plainte, c’est aussi une alerte qu’ils lancent : après la vague de malades chez les travailleurs de l’amiante, une autre se prépare sans doute parmi ceux qui ont travaillé et travaillent encore dans des locaux amiantés, à l’école… ou ailleurs.

* Le prénom a été changé.

Amiante dans les écoles : plus de 50 personnes portent plainte à Marseille

Reporterre, 19 novembre 2025 à 16h57

https://reporterre.net/Amiante-dans-les-ecoles-plus-de-50-personnes-portent-plainte-a-Marseille


C’est une menace invisible à laquelle elles et ils sont exposés depuis des années. Enseignants, parents d’élèves, agents municipaux, organisations syndicales, associations… Une cinquantaine de personnes ont déposé une plainte contre X pour «mise en danger délibérée de la vie d’autrui» à Marseille, mercredi 19 novembre.

Elles dénoncent l’inaction des pouvoirs publics concernant la présence d’amiante dans huit écoles, deux collèges et un lycée, pour la plupart à Marseille. Tous espèrent que cette plainte permettra de sortir du «déni de la gravité de la situation».

Car une grande partie des bâtiments scolaires contient potentiellement de l’amiante dans la colle des dalles, les plafonds et les cloisons s’ils ont été construits avant 1997, année de son interdiction. Si le bâtiment est en bon état, il n’y a pas de risque pour la santé. Mais le danger est bien réel en cas de trous dans les murs et du fait de l’usure naturelle du bâti. À Marseille, la vétusté des établissements scolaires a déjà fait l’objet de nombreuses alertes.

Classée cancérogène, l’amiante présente des risques pour la santé, principalement par inhalation, lorsque les poussières pénètrent le système respiratoire. Les symptômes des maladies, notamment les cancers pulmonaires, des ovaires, du larynx ou de la plèvre, ne se déclarent souvent que trente voire quarante ans après l’exposition. Un rapport du Haut Conseil de la santé publique publié en 2014 prévoit que, d’ici à 2050, 50 000 à 75 000 décès par cancer du poumon dus à l’amiante aient lieu, auxquels s’ajoutent jusqu’à 25 000 décès par mésothéliome (un autre type de cancer).

Amiante dans des écoles : une plainte déposée à Marseille pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui – Le Club des Juristes

La rédaction, Publié le 19 novembre 2025 à 13:36 | Modifié le 19 novembre 2025 à 13:36


Une cinquantaine de parents d’élèves, d’enseignants et d’agents municipaux dépose, mercredi 19 novembre à 14 heures, une plainte contre X pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». 

Sept organisations syndicales et trois associations de victimes de l’amiante se joignent également à la procédure, qui vise douze établissements scolaires du département.

Selon l’avocate Julie Andreu, qui représente les plaignants, « la grande majorité des établissements scolaires en France, construits avant son interdiction en 1997, présentent encore à ce jour de l’amiante dans de nombreux éléments du bâti ». Elle souligne que la dégradation de bâtiments anciens accentue les risques d’exposition et reproche aux « responsables concernés [collectivités locales] » de ne pas avoir adopté les mesures nécessaires.

Amiante dans les écoles : à Marseille, une plainte déposée pour mise en danger

Jean-François Poupelin (Marsactu)

8–11 minutes


Marseille (Bouches-du-Rhône).– Est-ce la prochaine catastrophe sanitaire liée à l’amiante ? Mercredi 19 novembre en début d’après-midi, sept syndicats d’enseignants et de personnels des collectivités locales, quatre associations et cinquante-neuf personnes individuelles vont déposer plainte contre X devant le tribunal judiciaire de Marseille pour « mise en danger délibérée d’autrui ». Si aucune collectivité n’est directement visée, huit écoles, deux collèges et un lycée sont mis en cause, la majorité d’entre eux à Marseille.

Tous ont été construits avant 1997, date de l’interdiction d’utiliser ce produit hautement cancérogène en France. « Ça fait vingt-cinq ans que les plaintes pour homicides ou blessures volontaires n’aboutissent pas. Là, si le procureur est convaincu par la plainte, il pourra regarder au pénal s’il y a des responsables,explique Julie Andreu, du cabinet d’avocats TTLA, qui accompagne les plaignants. Sur les 40 000 maladies professionnelles recensées en 2023, 2 000 sont liées à l’amiante. Les cancers liés à l’amiante font partie des cancers professionnels les plus importants », rappelle l’avocate.

« Tous les dossiers présentés sont liés aux luttes de ces dernières années. On est partis du terrain et des combats, des établissements pour lesquels il y a eu des interrogations, des problèmes soulevés, une absence de réponse de l’Éducation nationale ou des collectivités. Il y a aussi eu une mise en commun pour montrer l’ampleur du problème », complète Jean-François Negri, de Sud Éducation 13, un des quatre syndicats d’enseignants parties prenantes de la plainte.

Selon ses chiffres, au niveau national, « 80 % à 90 % des établissements scolaires construits avant 1997 sont potentiellement concernés par des problèmes d’amiante, et 30 % des établissements du premier et du second degré ne possèdent pas de dossier technique amiante (DTA) ». « L’Éducation nationale ne fait pas son travail, les collectivités ne font pas leur travail »,insiste ce professeur d’histoire-géographie des quartiers nord de Marseille.

Situations banales

Des parents d’élèves, agents de la commune et enseignants de la maternelle de Cuges-les-Pins s’apprêtent d’ailleurs à se joindre à la plainte. À la suite de la demande de diagnostic amiante des parents adhérents à la FCPE de l’école, les sols de deux classes, classés en « évaluation périodique » en 2019, se sont révélés hautement dangereux en 2025.

Si les dalles ont été encapsulées pendant les vacances d’automne sur pression des parents, le problème est loin d’être résolu. « Il reste encore des trous dans les nouveaux sols, et on demande un diagnostic sur toute l’école, insiste Cécile Moreau, mère d’une petite fille de 4 ans et demi. La ville n’est pas très contente parce qu’on est en période électorale, mais on a une impression de banalisation du sujet, que ça n’est pas grave, qu’on fait du bruit pour rien. »

Il n’y a pas de seuil d’exposition à l’amiante, une fibre suffit.

Sébastien Fournier, FSU-SNUipp 13

Une situation presque banale en effet, à lire la plainte. Cette dernière montre une récurrence des difficultés rencontrées par les équipes des établissements scolaires confrontées à la présence d’amiante dans leurs murs. Un défaut d’information des équipes et des parents, des DTA incomplets ou inaccessibles, des travaux préconisés qui se font attendre, une minimisation des risques…

L’amiante se retrouve autant dans les sols que dans les murs et plafonds, les joints, la colle, les canalisations. « Et il n’y a pas de seuil d’exposition à l’amiante, une fibre suffit »,insiste encore Sébastien Fournier, cosecrétaire départemental de la FSU-SNUipp 13.

« On est sur des populations vulnérables, parfois très jeunes, avec les élèves, mais aussi sur des personnels qui ne sont pas informés, avec des documents qui sont incomplets… Sur le plan sanitaire, les agents sont aussi angoissés, inquiets de leurs conditions de travail. Ils voient des collègues qui ont des problèmes de santé, qui développent des cancers. Une étude de Santé publique France de 2019 note qu’il y a eu soixante cas par an de mésothéliome [le cancer de la plèvre, lié à une exposition à l’amiante – ndlr] dans l’enseignement »,appuie Julie Andreu.

Dans les Bouches-du-Rhône, une enseignante en est morte en 2024. L’avocate compte une dizaine de cas de cancers liés à l’amiante. Une affection reconnue comme maladie professionnelle dans le département.

Des collectivités droites dans leurs bottes

Du côté des collectivités locales concernées, on assure avoir pris en compte le risque et la problématique. « La présence des matériaux amiantés dans les bâtiments départementaux et le respect des procédures de travaux font l’objet d’un suivi extrêmement scrupuleux de la part des services »,explique ainsi le conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui gère les collèges.

Si, selon nos informations, des interventions ont eu lieu dans une vingtaine de collèges, le département insiste dans sa réponse sur les travaux effectués au collège Alexandre-Dumas, dans le XIVe arrondissement, qui a connu une mobilisation importante au printemps 2024, après la lecture du dossier technique amiante de l’établissement. Mais les enseignants concernés restent sceptiques.

Pour eux, les travaux ne sont pas à la hauteur et, surtout, le directeur académique des services de l’Éducation nationale n’a pas accepté leur droit de retrait. « La reconnaissance de la dangerosité n’est pas venue des institutions, mais des travaux eux-mêmes »,explique Tristan Navailh-Hamza, un professeur de français syndiqué chez Sud Éducation.

Il voit dans l’ampleur des travaux un révélateur de la dangerosité de la situation initiale. « Les sols ne sont recouverts que depuis février et il y a déjà des trous dans les linos. Surtout, il n’y a pas de désamiantage complet de prévu »,dénonce cet enseignant. Selon le syndicat, 80 des 132 collèges du département contiennent de l’amiante.

Du côté de la ville de Marseille, qui a la responsabilité des écoles, aucun chiffre n’est avancé. Le service presse se contente de mettre en avant la prise en compte du problème par le Printemps marseillais, la majorité élue il y a cinq ans. « En 2020, on prend le problème de l’amiante à bras-le-corps, explique un élu, sous couvert d’anonymat. Les documents amiante étaient parfois anciens, mais nous avons fait des mises à jour régulières en 2021 et 2024. On ne met pas la poussière sous le tapis. »

L’élu poursuit un inventaire de bon élève : la publication des fiches récapitulatives des DTA de l’ensemble des écoles, la création d’une mission amiante en 2023, avec la réalisation de 1,5 million d’euros de travaux d’urgence depuis trois ans. Le désamiantage systématique et total des établissements scolaires du volet écoles du plan soutenu par l’État « Marseille en grand ». Un programme pluriannuel de dix ans pour désamianter l’ensemble des écoles de la ville. La formation des personnels sur les dangers amiante et les bonnes pratiques.

Si rien n’est fait, si on attend comme pour les chantiers navals, on risque une vraie catastrophe sanitaire.

Julie Andreu, avocate

Mais là encore, les critiques fusent. Il y a la décision de publier les fiches techniques récapitulatives et non les dossiers techniques amiante complets, des défauts d’information ou des travaux en souffrance, comme le rappelle la plainte au sujet de la maternelle Clair-Soleil, dans le XIVe arrondissement de Marseille.

« L’ensemble des usagers de l’établissement est inquiet de la dégradation des matériaux contenant de l’amiante. Ils sont conscients d’avoir été soumis à une forte exposition passive à l’amiante, et n’ont pas la possibilité de connaître l’ensemble des diagnostics qui ont été réalisés. Enfin, ils attendent toujours que des travaux soient effectués, en particulier dans les salles de classe 1 (sol), 2 et 3 (plénum), ainsi que dans le couloir des sanitaires n2 (poteaux) »,expose la plainte. À la rentrée, un plafond avec de l’amiante a été percé, et des résidus se sont retrouvés sur du matériel scolaire et sur les lits du dortoir…

« En s’associant à la plainte, on veut que ça fasse du bruit, que les choses changent »,insiste Cécile Moreau, de la maternelle de Cuges-les-Pins. « Si rien n’est fait, si on attend comme pour les chantiers navals, on risque une vraie catastrophe sanitaire »,craint Julie Andreu. Selon la plainte qu’elle a déposée, « 50 000 à 100 000 décès liés à l’amiante sont encore attendus d’ici à 2030 ».

Amiante dans les écoles des Bouches-du-Rhône : une plainte inédite à Marseille pour « mise en danger de la vie d’autrui »

maritima.fr

https://maritima.fr/actualites/education/marseille/10035/amiante-dans-les-ecoles-des-bouches-du-rhone-un-plainte-inedite-a-marseille-pour-mise-en-danger-de-la-vie-dautrui


Le collectif « Stop Amiante Éducation », regroupant sept organisations et associations dont l’AVALE 13 (Association des Victimes de l’Amiante dans les Locaux de l’Éducation nationale dans le 13) et la FCPE 13, est à l’origine de cette démarche pénale inédite. Plus de 40 personnes, dont des personnels de l’Éducation nationale et des parents d’élèves, se sont, de leur côté, constituées parties civiles. « Cette plainte, c’est une étape de notre bagarre. On est face à un employeur et à des collectivités territoriales qui ne respectent absolument pas la réglementation du Code du travail en matière de sécurité. L’enjeu est grave, car il s’agit de la santé des usagers », explique à notre micro Nathalie Laclau, présidente de l’AVALE 13.

Si l’amiante a été interdit en 1997 dans les nouveaux matériaux, il n’a jamais été retiré des anciens. « On a mis de l’amiante dans 3000 matériaux du bâtiment à peu près. Autant, vous dire qu’il y en a absolument partout« , poursuit la présidente. Le risque concerne de manière documentée huit écoles, deux collèges et un lycée, avec 80 % des collèges du département potentiellement touchés. Un décès par cancer lié à l’amiante a déjà été reconnu comme maladie professionnelle chez une enseignante. « Mais il y a tous ceux qu’on ne connaît pas, et qui pourraient développer une maladie sans en connaître l’origine« .

Cette exposition est une source d’angoisse pour les enseignants qui y ont été exposés. Jeanne-Laure Roger, professeure au collège Alexandre Dumas et partie civile, nous confie : « l’objectif est la reconnaissance de notre mise en danger et aussi de cette anxiété qui est née de la découverte de notre exposition« . Elle rappelle que l’exposition touche tous les occupants, des élèves au personnel.

Pour les plaignants, l’urgence est de forcer l’application de la réglementation et l’engagement d’un plan pluriannuel de désamiantage complet, espérant que le procureur de la République « va s’emparer de notre plainte et décider de poursuivre », conclue Nathalie Laclau.

Amiante à l’école : plus de 50 parents, enseignants, agents, syndicats et associations portent plainte à Marseille

Ici Provence, Nelly Assénat, Publié le mercredi 19 novembre 2025 à 14:15

https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/amiante-a-l-ecole-plus-de-50-parents-enseignants-agents-syndicats-et-associations-portent-plainte-a-marseille-3554796


Un collectif rassemblant des syndicats d’enseignants et d’agents, mais aussi des associations et des parents d’élèves, déposent plainte à Marseille pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Ils dénoncent la présence d’amiante dans une douzaine d’établissements et l’inaction des pouvoirs publics.

Ils sont parents d’élèves, enseignants, agents municipaux : ce mercredi après-midi à Marseille, une cinquantaine de personnes, toutes exposées à l’amiante dans des écoles, collèges et lycées des Bouches-du-Rhône ont déposé plainte contre X pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ».

Sept syndicats et trois associations de victimes de l’amiante sont aussi plaignants dans ce dossier, qui concerne 12 établissements scolaires, la plupart à Marseille. Il s’agit de huit écoles, deux collèges et un lycée.

« La grande majorité des établissements scolaires en France, construits avant son interdiction en 1997, présentent encore à ce jour de l’amiante dans de nombreux éléments du bâti« , rappelle leur avocate Julie Andreu. Or, la vétusté de certains d’entre eux aggrave l’exposition à l’amiante et selon l’avocate, « les responsables concernés (collectivités locales) n’ont pas pris les mesures qui s’imposent« .

L’amiante, hautement cancérogène

Classée cancérogène, l’amiante présente des risques pour la santé principalement par inhalation, lorsque les poussières pénètrent le système respiratoire.

« Une collègue est décédée en avril 2024 des suites d’un cancer lié à l’amiante, reconnu comme maladie professionnelle« , explique le collectif « Stop amiante éducation », dans lequel sont réunis les syndicats et associations plaignants. Le collectif dénonce « de nombreuses défaillances« , notamment une absence d’information sur l’amiante, malgré les obligations réglementaires, ou encore une absence de protection pendant les travaux.

En mars, les syndicats enseignants avaient révélé que plus de 80% des bâtiments scolaires en France étaient potentiellement concernés par la présence d’amiante. Un rapport du Haut Conseil de la santé publique publié en 2014, prévoit que d’ici 2050, quelque 50.000 à 75.000 décès par cancer du poumon dus à l’amiante auront lieu, auxquels s’ajoutent jusqu’à 25.000 décès par mésothéliome (un autre type de cancer).